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LES RAISONS DE SES TORTS - THEATRE DU NORD-OUEST


Mise en scène : Jean-Pierre MÜLLER
Assistant(e) : Anne dos SANTOS
Scénographie: Jean AIME
Costumes: Nathalie HAMEL
Réalisation musicale Nathalie HAMEL
Musiques : Mahler, Wagner, Beethoven
Alexandre Barbe (Rainer Trost),
Pierre Gribling (Franz Müller
Jérémy Gudefin (Daniel Meyer),
Nathalie Hamel (Marie Müller),
Eliane Kherris (Helga Jung),
Jean-Pierre Müller (Wilhelm Furtwängler),
Elisabeth Ollivier-Millet (Winifred Wagner)


La pièce « Les Raisons de ses torts » a été écrite après qu'une rumeur eut circulé au Théâtre du Nord-Ouest, comme quoi le thème dune saison théâtrale serait consacré à la Shoah. Quand il sest avéré que cette rumeur était fausse, le concept général et deux actes de cette pièce avaient été ébauchés, et j'ai donc décidé de la terminer. J'ai effectué le choix de ce sujet après avoir vu le film tiré de la pièce « A tort ou à raison », lequel comporte encore plus d'inexactitudes historiques que la pièce. Prétendre faire juger par le public, de manière soit disant équitable, l'attitude pendant la 2ème guerre mondiale du plus grand chef d'orchestre qui ait laissé des témoignages sonores de son art, aurait pu être justifié, si lon navait pas donné volontairement aux spectateurs des informations fausses, bien entendu toutes à charge, pour stigmatiser le personnage.
Cest ainsi qu'est passée sous silence la mère malade de Furtwängler (et dans le film on affirme même que rien ne le retenait en Allemagne !), tandis que l'on explique l'épisode de l'anniversaire dHitler en 1942 par la volonté de Furtwängler d'empêcher Karajan de diriger (alors que ce dernier assurait la direction par intérim de la Philharmonie de Berlin depuis que Furtwängler avait démissionné de son poste en 1934..) Cette image d'un Furtwängler carriériste, ambitieux, inconscient des manipulations dont il est lobjet, incapable de mettre en place une défense cohérente face à un instructeur digne des inquisiteurs du 15ème siècle, m'a semblé totalement fausse. L'étude de la documentation disponible sur le procès en dénazification en question a montré quelle avait extrêmement peu servi pour le scénario de la pièce ou du film. Les raisons qui ont poussé lauteur à cette pantalonnade sont claires : il fallait être conforme à la vision conventionnelle de lAllemagne nazie telle quelle est présentée partout par le politiquement correct.
Jai donc voulu, dans ma pièce, corriger ces atteintes à la dignité et à la mémoire de Wilhelm Furtwängler en permettant au spectateur de juger à partir de données authentiques, sans pour autant dresser un panégyrique. C'était aussi l'occasion de rappeler des faits historiques qui ont de plus en plus tendance à être gommés, en particulier dans les œuvres de fiction, par le révisionnisme politiquement correct, qu'on peut considérer comme tout a fait répugnant, quand il utilise la Shoah pour tenter d'influencer les votes des électeurs daujourdhui.
A l'occasion des cérémonies du 60ième anniversaire de la libération dAuschwitz si l'on passe sous silence un matraquage médiatique qui, par ricochet, risque surtout de susciter de nouvelles vocations dans les rangs des néo-nazis on a bien entendu dit quil fallait pas que l'horreur de lHolocauste se reproduise. Mais on s'est bien gardé de rappeler les circonstances et les raisons de l'explosion de régimes fascistes dans toute lEurope après la révolution bolchévique, et donc la possibilité d'éviter que cela se reproduise a été gommée. Cest l'une des manipulations du révisionnisme politiquement correct que de donner limpression que ces régimes sont apparus sans raison, comme un éclair dans un ciel serein. Peu avant ces cérémonies, celle, prévue à lUnesco pour commémorer le cinquantenaire du décès de Furtwängler a été annulée trois semaines avant la date prévue, l'Unesco ayant paraît-il reçu des appels téléphoniques menaçants. Ce fait extrêmement grave pour la démocratie et pour les libertés (l'intimidation étant une méthode classique des régimes totalitaires) a été bien entendu passé sous silence par les medias, en dehors du bulletin de la Société des amis de Wilhelm Furtwängler qui avait organisé la cérémonie.
Le politiquement correct, qui est peut-être à l'origine de ces menaces, frappe régulièrement dans notre société. Dans un hebdomadaire où il tient habituellement tribunal, on a, lannée dernière, reproché à Jean-Pierre Pernaud ses reportages sur la France profonde qui seraient « pétainistes ». Toujours lannée dernière lémission « Le collège de Chavannes » sur M6 a donné lieu à de nombreuses discussions. Ayant surpris l'une delle, j'ai entendu dire que ceux qui élevaient leurs enfants en maintenant une certaine autorité étaient des « fascistes ». Assimiler ceux qui ont le tort de ne pas avoir la bonne opinion aux responsables de l'Holocauste est la technique de base du « politiquement correct », elle est le reflet de la profonde intolérence, du totalitarisme de ceux qui ont cet état d'esprit.
En se démarquant volontairement de la vision manichéenne traditionnelle, manipulée, révisée de la Seconde Guerre mondiale qui est imposée par le politiquement correct, « Les raisons de ses torts » est donc également une pièce militante, une pièce de combat contre cette force d'oppression qui veut réduire le pluralisme de la pensée. On peut espérer qu'un jour cette période de l'Histoire pourra être abordée avec plus de rigueur et moins de manipulations tendant à influencer les jeux électoraux contemporains. Le théâtre qui peut être, comme le roman, artisan de mensonges et de manipulations, sous couvert de liberté créatrice pour lauteur, doit pouvoir également apporter au débat cette part de rigueur..


LES PERSONNAGES
« Les raisons de ses torts » mêle personnages véridiques (Wilhelm Furtwängler, Maria Müller et Winifred Wagner » à des personnages fictifs (Franz, Helga, Daniel et Rainer Trost).
Wilhelm FURTWÄNGLER :
Quand le rideau se lève, il y a presque dix ans que sa nomination à la tête de la Philharmonie de Berlin et sa renommée le font considérer comme étant, à égalité avec Arturo Toscanini, le plus grand chef dorchestre du monde. Il est également directeur artistique de lOpéra de Berlin, et a même dirigé également quelque temps lOpéra et la Philharmonie de Vienne et lOrchestre du Gewandhaus de Leipzig. Cest cette renommée qui va justifier le décret comme quoi il aurait du fuir lAllemagne nazie, provoquant la situation absurde dune interdiction de diriger en 1945 qui durera plus longtemps que celle dHerbert von Karajan, nazi authentique. Furtwängler aura été par ailleurs le seul non-nazi à comparaître devant ces tribunaux en dénazification en 1946. Les tentatives des institutions américaines (Orchestre de Chicago, Philharmonie de New-York et Metropolitan Opera) de linviter après la guerre seront sabordées toujours à cause de cette suspicion de nazisme. Jusquà sa mort en 1954 ses sept dernières années lui permettront de laisser tant avec des disques de studio que des enregistrements « live » issus de retransmissions radiodiffusées environ 80% des témoignages de son art, qui, en ce qui concerne le grand répertoire germanique (Beethoven, Brahms, Schubert, Bruckner, Wagner) sont, de lavis unanime des mélomane, totalement inégalés par tout autre chef dorchestre.
Maria MÜLLER
Née en Bohème dans une famille autrichienne, elle est rapidement devenue une grande diva, basée principalement car les stars du chant voyageaient beaucoup moins à lépoque à Vienne et à Berlin. Elle parût régulièrement au Metropolitan Opera à partir de 1925, mais en 1935, le nouveau directeur, Edward Johnson décida de ne plus inviter les chanteurs qui se produisaient en Allemagne. Elle débuta à Bayreuth en 1929 avec Elisabeth de Tannhaüser et y chanta également les autres rôles de son répertoire wagnérien : Elsa de Lohengrin, Sieglinde et Gutrune dans la Tétralogie, Senta dans le Vaisseau Fantôme et enfin, en 1943 et 1944, Eva des Maîtres Chanteurs de Nüremberg. Les raisons de son retrait de la scène, fin 1944 sont peu claires, car elle nétait pas fortement engagée auprès du régime nazi comme ses collègues de Bayreuth et de Berlin Rudolf Bockelmann et Joseph von Manowarda. Elle reparut à lopéra de Berlin seulement au cours de la saison 1950/1951 (il en subsite un enregistrement intégral de la Walkyrie). Sa collaboration avec Wilhelm Furtwängler a été effectivement particulièrement importante, tant à Vienne, quà Berlin, à Bayreuth (Sieglinde et Gutrune en 1936 et 1937, Eva en 1943 et 1944) ou en tournée (Paris, Londres). Peu avant larrivée au pouvoir des nazis il lavait invitée à chanter 8 lieder de Mahler avec orchestre en première partie dun concert de la Philharmonie de Berlin.
Winifred WAGNER
Née en Angleterre, mais adoptée par une famille allemande, elle épousa le fils de Richard Wagner, Siegfried. Au début des années 20, elle fit la connaissance dAdolf Hitler, alors peu connu. Lorsquil était en prison après son coup détat manqué à Münich, elle lui aurait fourni le papier et lencre pour écrire « Mein Kampf ». La mort brutale de Siegfried au cours de lété 1930 la propulse à la direction du Festival de Bayreuth. Lété 1931 est une année de transition où la pression des nazis commence à se faire sentir. Les artistes juifs comme Friedrich Schorr, le meilleur Wotan de tous les temps, y chantent pour la dernière fois. A partir de 1933, avec une seule année sans Festival en 1935, Bayreuth devient un temple du nazisme, alors que les années 20, 30 et 40 marquent par ailleurs lapogée absolu de lart du chant wagnérien. Après la chutte du nazisme elle est durement condamnée au tribunal de Nüremberg, y perdant une partie des droits dauteurs versés pour les œuvres de Richard Wagner durant la période nazie. Elle doit laisser la direction du Festival à ses fils Wieland et Wolfgang pour que celui ci puisse rouvrir en 1951. Elle ne cache pas sa désapprobation des mises en scènes modernes de ses fils et en 1976, à larrivée de la production de Patrice Chéreau, fait même en public le salut hitlérien, ce qui entraînera son expulsion définitive du Festpielhaus. (notre illustration en page suivante). Peu avant, dans une interview elle avait déclaré que si Hitler se présentait à sa porte elle lui ouvrirait toute grande..
Daniel représente les juifs, musiciens ou non, que Furtwängler a sauvé de larrestation à partir de 1933. Franz incarne ses millions dAllemands qui ont, au début des années trente fait confiance aux nazis par rejet du communisme, et qui ont rapidement pris conscience du piège totalitaire qui sest refermé sur lAllemagne, sans pour autant pouvoir se démarquer des Nazis. La pianiste Helga Jung représente les Allemands hostiles aux Nazis, mais qui nont rien pu faire pour empêcher les actes les plus barbares de ce régime. Rainer Trost est lespion traditionnellement chargé de surveiller les artistes dans les régimes totalitaires. Avant 1990, ce genre de personnage pouvait être aperçu dans lentourage des artistes des pays de lEst en tournée à lOuest. Quand, à lissue du spectacle, dans leur loge, vous aviez une conversation avec lun deux, il sarrangeait toujours pour écouter..








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